Stratégies de prévention du suicide

En France, plusieurs stratégies sont mises en place dans le but de réduire le taux de mortalité par suicide : le déploiement du dispositif de veille VigilanS, la mise en place d’un numéro national de prévention du suicide, des programmes d’information et de communication à destination du grand public ainsi que des formations au repérage, à l’évaluation et à l’intervention de crise suicidaire à destination des professionnels de santé.

Le  suicide est à l’origine de près de 800 000 décès chaque année dans le monde, soit 1 personne toutes les 40 secondes. En France, c’est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans. De plus, sur le territoire français, il y a tous les ans 3 fois plus de morts par suicide que par accident de la route. Bretagne est la région la plus touchée par le suicide.

Aujourd’hui, la prévention du suicide constitue une priorité majeure de la santé publique. Ainsi, plusieurs actions ont été définies selon le plan Priorité prévention qui s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale de santé dans le but de réduire le taux de mortalité par suicide :

  • maintenir un lien avec la personne qui a fait une tentative de suicide
  • proposer des formations au repérage, à l’évaluation et à l’intervention de crise suicidaire
  • assurer la prévention de la contagion suicidaire
  • mettre en place un numéro national de prévention du suicide
  • améliorer l’information générale du public
     

1. Maintien du contact avec les patients – dispositif de veille VigilanS

La stratégie de maintenir le contact avec les personnes ayant réalisé une tentative de suicide, après leur sortie des services d’urgences, s’avère efficace dans la prévention du suicide. Le maintien du contact avec le patient est d’autant plus important s’il est actif, régulier, s’inscrit dans la durée et personnalisé. Plusieurs méthodes de veille pratiquées sur l’échelle mondiale en ont fait preuve.


En France, le dispositif VigilanS qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de prévention du suicide a pour objectif de réduire le risque de récidive suicidaire et le taux de mortalité par suicide. Le dispositif permet également d’harmoniser la prise en charge des patients suicidants et coordonner tous les professionnels de santé qui interviennent dans sa prise en charge. Initialement proposé aux personnes adultes, le dispositif a aussitôt été étendu sur la population plus jeune.


L’étude ALGOS (ALGOrithme de prévention du Suicide), menée dans le cadre d’une collaboration entre le CHU de Lille et le CHRU de Brest en 2014, a précédé le déploiement de VigilanS au niveau national. Les résultats de cette étude ont démontré la réduction des récidives suicidaires en combinant les différentes méthodes de veille proposées aux patients en plus d’un traitement habituel, après leur sortie des urgences : la carte ressource, le contact téléphonique et postal.


Cette étude s’est inspirée du travail du Dr Jérôme MOTTO aux Etats-Unis, qui a observé une baisse de récidives et de suicides chez ses patients, qui bénéficiaient de l’envoi d’une lettre manuscrite personnalisée pendant 5 ans. L’expérience a duré 15 ans au total.


Le premier dispositif VigilanS a été créé dans les Hauts-de-France en 2015. Ensuite, VigilanS a été déployé en Bourgogne-Franche-Comté (département du Jura), Bretagne, Martinique, Normandie et Occitanie.


En Bretagne, le dispositif VigilanS est implanté depuis 2016. Pour plus d’information, merci de consulter la page Dispositif VigilanS Bretagne.




2. Formations en prévention du suicide

La formation fait partie intégrale des stratégies de prévention du suicide nationales, car permet de faciliter le repérage et la prise en charge de personnes à risque. En fonction des intervenants et du rôle de chacun, plusieurs actions de formation sont proposées :

  • La formation sentinelle

La formation sentinelle s’adresse aux personnes qui dans leur milieu de vie sont susceptibles de côtoyer des personnes à risque. Il s’agit le plus souvent des travailleurs sociaux, auxiliaires de vie, professeurs des établissements scolaires, élus, étudiants, etc, qui acceptent de porter cette mission à base de volontariat. Cette formation permet aux sentinelles de s’outiller pour repérer les signes précurseurs des comportements suicidaires, et, par la suite, orienter ces personnes vers les ressources d’aide appropriées. Elle permet également d’appréhender la souffrance des autres.

En Bretagne, MSA Armorique et MSA Portes de Bretagne animent les réseaux sentinelles en milieu rural.


  • La formation à l’évaluation du risque suicidaire et orientation

Cette formation s’adresse aux professionnels de la santé dans l’objectif de former ou renforcer leurs compétences à l’évaluation du risque suicidaire et l’orientation des personnes en souffrance vers les soins adaptés.


  • La formation à l’intervention de crise

Cette formation s’adresse aux professionnels de santé qui réalisent dans leur pratique l’intervention de crise. L’objectif est de pouvoir prendre en charge la phase aiguë de la crise suicidaire : désamorcer la crise, éviter le passage à l’acte, orienter le(la) patient(e) vers un accompagnement adapté


  • La formation des médecins généralistes à la prise en charge de la dépression, incluant le repérage du risque suicidaire

Aujourd’hui, les médecins généralistes sont les premiers à être consultés en cas de problème de santé mentale. De ce fait, une formation sur la dépression, l’évaluation et repérage du risque suicidaire leur est proposée.



3. Prévention de la contagion suicidaire

La survenue d’un suicide peut impacter plus de 20 personnes et augmente considérablement le risque suicidaire chez les personnes proches (familles, collègues). La manière dont le suicide est abordé par les médias peut également avoir un impact néfaste sur les personnes vulnérables et être à l’origine d’une augmentation des conduites suicidaires. Afin de réduire cet effet de contagion, la communication occupe une place importante. Ainsi, le programme Papageno créé en 2014, s’inscrit dans la stratégie nationale de prévention du suicide. L’objectif est de sensibiliser les médias sur la question du suicide et, par conséquent, réduire la contagion suicidaire.


De plus, les réseaux sociaux et internet sont devenus une source de contagion suicidaire importante. L’utilisation des outils numériques qui contribuent au repérage et l’établissement de contact avec les personnes vulnérables en ligne, pourrait également réduire l’impacte négatif.


Le repérage et la protection des lieux les plus utilisés pour des raisons de suicide ou la mise en place des plans de gestion de crise au sein de différentes institutions, font partie des actions menées localement dans le cadre du programme Papageno.


Pour plus d’information : www.papageno-suicide.com



4. Numéro national de prévention du suicide

La mise en place d’un numéro national de prévention du suicide est une ressource simple pour les personnes en détresse psychique et leur entourage, mais aussi aux professionnels qui interviennent dans leur prise en charge. Ce dispositif d’aide à distance doit assurer les missions d’écoute, d’évaluation, d’orientation et d’intervention. L’objectif est de permettre une prise en charge immédiate des personnes à risque suicidaire et faciliter l’accès aux soins pour la population la plus vulnérable.


Cette ressource se décline en une ligne téléphonique unique pour la prise en charge des personnes relevant de santé mentale, un tchat qui serait plus adapté pour la population plus jeune ou encore des personnes malentendantes et un site internet, un support de ressources disponibles et un moyen  de communication envers les populations concernées. Ainsi, les personnes auront accès à ces services d’aide 24h/24 et 7 jours/7.



5. Information du grand public

La communication auprès du grand public permet de sensibiliser et dé-stigmatiser la question du suicide. La plateforme de prévention du suicide pour le grand public « #ditesjesuislà », lancé par l’hôpital du Mans, a pour objectif de mieux repérer la crise suicidaire d’un proche tout en contribuant à une meilleure connaissance des principaux signes d’alerte. Les personnes concernées peuvent y trouver des conseils sur les bonnes attitudes à adopter face à un proche en souffrance, mais aussi des ressources d’aide vers lesquelles se tourner en cas d’urgence. Pour plus d’information : www.ditesjesuisla.fr


D’autres actions d’information et de sensibilisation en matière de prévention du suicide sur le territoire breton sont menées par les collectifs MISSACO.